Dans l'article précédent, je me satisfaisais de la proposition de certains économistes d'envisager la décroissance comme une solution à la crise actuelle; elle permet notamment de redonner du
sens au système. Mon optimisme naïf me laissait supposer que ce raisonnement allait se généraliser.
Or, lors d'une émission sur France 5, Elie COHEN, économiste français, directeur du CNRS, constatait dans son analyse de la crise que seuls des utopistes comme les "décroissants" pouvaient se
réjouir de la situation actuelle.
Deux remarques importantes semblent nécessaires.
D'abord, la plupart (la quasi-totalité) des objecteurs de croissance ne se réjouissent pas de la situation actuelle. Nous prônons le bonheur, le bien-être et l'empathie (en autres); or des
individus souffrent de la situation actuelle. Nous sommes pour un recentrage des préoccupations sur l'humain (et non les marchés financiers). Je pense que le terme de décroissance
(même qualifiée de conviviale) est une erreur de marketing idéologique puisque la décroissance (ou récession) n'est pas une finalité. Les objecteurs de croissance ne recherchent pas la
décroissance pour elle-même, celle-ci n'est qu'une conséquence propable (dans notre pays et à notre époque) des changements socio-économiques prescrits par les objecteurs de croissance
pour améliorer la situation de l'humanité.
Peut-être, M. COHEN, pensez-vous que nous serions satisfaits de voir nos mises en garde devenir des réalités? Mais, l'orgueil n'a pas la même place dans nos hiérarchies des valeurs que celle que
votre système lui accorde.
D'autre part, qualifier un comportement ou des idées d'utopiques n'est pas un argumentaire. De tels propos laissent supposer un mépris des idées des objecteurs de croissance : "vos idées sont
utopiques, elles ne valent pas la peine que je perde mon temps à les démonter!".
Mais, n'est-il pas utopique de croire qu'une croissance matérielle continue est possible? N'est-il pas utopique de croire que le système croissantiste est tenable humainement, écologiquement et
socialement? N'est-il pas utopique de croire qu'il n'y a que les marchés financiers qui manquent de sens actuellement? N'est-il pas utopique de croire que la croissance économique de ces
dernières années a eu des effets de percolation sur la sphère sociale positifs? N'est-il pas utopique de croire que plus rime nécessairement avec mieux?
Je préfère, M. Cohen, mon utopie à votre folie.